La Hougue Bie - Grouville, Jersey

Publié le 15 janvier 2026 à 06:21

Fouille Michel Patton 1992/1994

Il s’agit de l’un des plus grands dolmens à couloir d’Europe. Il fait partie des quinze dolmens de ce type que comptent les îles Anglo-Normandes. Le couloir, long de 9,60 m et large de 0,80 m à 1,40 m, a une hauteur de 1,50 m. Deux cabinets latéraux précèdent la chambre. Il est aujourd’hui recouvert d’un tumulus de 55 m de diamètre et de 12 m de haut.

À l’origine, le dolmen était inclus dans un cairn de 35 m de diamètre, s’élevant, avec différents paliers, à 9 m de haut. L’entrée se situe au niveau de la première terrasse, dont les murs s’incurvent pour lui donner une forme d’entonnoir. La datation au carbone 14 place cette construction initiale entre - 4365 et - 4055. Dans une deuxième phase, vers - 4334/- 4047, c’est-à-dire peu de temps après sa construction, le cairn est agrandi et les murs de parement sont renforcés. Vers - 3675/- 3360, le couloir est fermé par un mur en pierre sèche, marquant sa condamnation. Le monument a été utilisé pendant plus de cinq siècles, peut-être de manière intermittente.

Pendant les siècles qui suivent, le parement, resté à l’air libre sans entretien, voit une couche de limon s’accumuler à sa base. La présence de quelques tessons dans une fosse atteste de la présence de céramiques campaniformes.

Vers - 2919/- 2782, le monument est recouvert d’une couche épaisse d’argile, transformant le cairn en un énorme tumulus. Cette condamnation semble tardive. Elle montrerait que, même abandonné, le monument avait encore un pouvoir symbolique suffisamment puissant pour qu’on entreprenne des travaux importants.

Transformé en une butte et considéré au Moyen Âge comme le tombeau d’un chef qui aurait terrassé un dragon, il faut attendre le XIIe siècle pour qu’une chapelle soit construite à son sommet. L’ensemble est abandonné après la Réforme protestante. Au XVIIIe siècle, les ruines de la chapelle furent transformées en résidence aristocratique dans un goût médiéval, comme le voulait la mode. Tours et créneaux dominèrent un temps, jusqu’à la faillite de la famille. Mal construits, ils se détériorèrent rapidement et les fausses ruines attirèrent suffisamment de touristes pour qu’un hôtel soit construit. Il fermera en 1920. Le dolmen fut découvert en 1924.

Peu de mobilier fut mis au jour. Les tessons de 22 vases supports et quelques silex, dont quatre armatures de flèche, datent du Néolithique moyen. Les restes de huit individus des deux sexes sont signalés. Cela est bien peu de chose par rapport à la taille du monument. Sa masse de 50 000 m³ est composée de pierres extraites à un kilomètre de là.

Les dalles qui composent le dolmen sont de différentes natures. Elles ne proviennent pas du même lieu d’extraction. Alors que, pour les autres dolmens de l’île, les pierres sont généralement prélevées à proximité du lieu de construction, les dalles du dolmen de la Hougue Bie ont pour origine six lieux différents. Le plus proche est à 3,5 kilomètres, le plus éloigné à 6,5 kilomètres. L’un se trouve au nord de l’île, les cinq autres au sud. Tous se situent dans la partie orientale. Les plus grandes pierres atteignent 20 tonnes. Ce transport et la répartition des lieux d’approvisionnement ne peuvent être fortuits. Ils ont demandé un effort considérable : les chercheurs les estiment au travail de 200 personnes pendant 160 jours. Ce monument, le plus grand de l’île, pourrait être une œuvre fédératrice, rassemblant toutes les communautés de l’est de l’île, chacune participant avec des pierres provenant de son territoire.

Une datation plus récente, effectuée sur un échantillon prélevé au dolmen du Trépied, donne un résultat de - 4400 et confirme l’ancienneté des mégalithes de l’île.

Dans l’île d’Herm, où de nombreux dolmens sont présents, une fouille a permis de dater des traces d’araire par thermoluminescence à - 3340 ± 350 ans.