Bougon, Deux-Sèvres

Publié le 16 janvier 2026 à 05:55

Fouille J.-P. Mohen 1972/1986

Bougon

Au lieu-dit des Chinons se dressent cinq tumulus de différentes formes. La fréquentation du lieu a duré plus de deux millénaires.

Il y a six périodes de construction, de remaniements et d’utilisation. Vingt datations au C14 permettent d’en mieux saisir le déroulement.

La première phase, qui date d’environ -  4700, voit l’apparition de deux dolmens à chambre ronde (F0 et E1).

Entre -  4500 et-  4000, de nouvelles inhumations ont lieu.

La phase 3 correspond à l’apparition des chambres mégalithiques quadrangulaires (B1, B2 et C1) érigées aux alentours de - 4200, et la phase 4 à une activité funéraire et rituelle (entre - 4000 et - 3850).

La phase 5 se traduit par des inhumations individuelles au pied des parements du tumulus C et la réutilisation des chambres A, E2, et F2 entre - 3750 et - 3250.

Pendant la phase 6, vers - 2450, des morts sont déposés entre le F0 et le F1. La nécropole est peut-être déjà abandonnée à cette époque. Après cette date, elle ne sera plus fréquentée.

Deux grandes périodes peuvent se distinguer. L’une de construction, l’autre de réutilisation. Pour simplifier : entre - 4500 et - 3500 édification des monuments qui reçoivent un nombre restreint de défunts (moins de dix par caveau), et entre - 3500 et - 2500 utilisation du site avec de plus nombreuses inhumations sans nouveau monument.

Le site est fréquenté pendant deux millénaires. Le mobilier épars, trouvé à la base des parements, en témoigne. Ce sont probablement les restes d’offrandes. Il n’est pas assez dense pour indiquer une occupation prolongée.

Les tombes seraient à l’origine de la sacralisation du lieu. Des « mémoria » autour desquels se seraient greffées d’autres tombes. Les structures funéraires les plus anciennes sont de petite taille. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’elles deviennent importantes et se monumentalisent.

La végétation, la pluie, le gel auraient dû rendre rapidement ces monuments invisibles. De vagues monticules, que la forêt aurait cachés. Or, le site a été entretenu pendant des siècles. Les murs éboulés ont été restaurés. Quand ils furent réutilisés, l’emplacement des chambres était connu. L’intérieur fut atteint sans grand bouleversement dans le tumulus et la place des couloirs était dans les mémoires, bien qu’ils aient été rebouchés par les premiers utilisateurs.

Le regroupement en nécropole est peu fréquent dans l’Europe des mégalithes. Il se voit principalement en Irlande et dans le Centre-Ouest de la France. À Bougon, la nécropole occupe deux hectares. Dans ce petit espace, les monuments sont distants de 10 à 20 m. Ils sont construits et agrandis pendant quelques siècles. Aucune des huit chambres n’est identique. Elles suivent les plans qui sont d’usage au moment de leur construction. Elles sont différentes, mais témoignent d’une continuité à travers plusieurs générations. La totalité des édifices se voyait en même temps et s’observait de loin.

Il est probable que ce site fut un sanctuaire régional fréquenté par des communautés venant d’autre territoires. L’existence de ces « pèlerinages» a été démontrée autour d’autres monuments mégalithiques, comme à Stonehenge ou aux Orcades en Angleterre. Pour faciliter la lecture dans son aspect actuel, 6 structures ont été baptisées par des lettres d’A à F.

Le tumulus A

Le tumulus A est un tertre rond de 40 mètres de diamètre. Sa chambre de 7,80 m x 5 m et de 2,25 m de hauteur représente une surface de 40 m². Ses parois sont faites de dalles en alternance avec des murets. Les piliers sont soigneusement bouchardés sur les faces internes de la chambre pour les aplanir. Elle est couverte par une dalle d’un poids avoisinant les 90 tonnes. Selon les découvreurs en 1840, 200 squelettes reposaient dans une chambre rectangulaire. Il s’agirait d’une réutilisation au 3e millénaire d’un monument plus ancien.

Le tumulus B

Le tumulus B a une forme oblongue de 36 m de long et 8 m de large. Elle contient deux petits dolmens à couloir avec des chambres quadrangulaires de 2 m x 1,50 m. Dans le dolmen B1, sur un des piliers qui avaient été bouchardés, se trouve la sculpture d’un crochet. La chambre était complètement vidée. Une date entre le 5e et le 4e millénaire est proposée.

Dans le dolmen B2 au fond de la chambre, face au couloir, une dizaine de calottes crâniennes humaines déposées à l’envers se trouvaient sur deux files. Des retraits d’ossements avaient eu lieu avec des remaniements et des rangements. D’autres corps avaient été placés en position fléchie : 14 adultes et 6 enfants. Le mobilier, dont trois haches polies, évoque un Néolithique Moyen. Des datations au C14 manquent.

Le Tumulus C

Quatre dalles bien bouchardées et parfaitement jointives limitent la chambre de 2 m x 1,45 m. Le sol est constitué d’une seule dalle, configuration peu fréquente. Les six dalles (couverture, sol et 4 dalles sur les côtés) qui la constituent sont parfaitement ajustées et leur face interne aplanie. Elle a été conçue comme un coffre fermé, et ne possédait pas de couloir. C’est un dolmen de type angoumoisin, comme le F2 dont un bois de cerf trouvé dans les carrières situe la construction vers - 4200. Il est inclus dans un tumulus de 24 m de diamètre et de 4 m de hauteur. Trois crochets furent signalés sur le montant nord, un seul est désormais visible. Quatre squelettes : un vieillard, une femme âgée, un homme d’une vingtaine d’années et un bébé d’environ un an y furent découverts.

Une plateforme rectangulaire de 40 x 20 m s’y adosse, limitée par un mur parement accolé au tumulus. Aucun matériel archéologique n’y a été découvert. Plusieurs squelettes d’adultes et d’enfants se trouvaient devant les trois façades. La date de construction et l’usage de cette structure ne sont pas connus. Elle fait penser à un podium où auraient pu se dérouler des rituels.

Dans une phase finale, le tout est recouvert par un énorme tumulus de 57 m de diamètre qui condamne le monument.

La structure D

La structure D se présente comme un long mur de 35 m, large de 2 m. Aucun témoignage d’un usage funéraire n’y a été détecté et sa fonction n’a pu être définie. S’il date du Néolithique, il a été proposé de l’interpréter comme une séparation entre deux communautés.

Le tumulus E

Le tumulus E est ovale avec 22 m de longueur et 10 m de large. Il abrite 2 dolmens à couloir. Le premier possède une chambre circulaire de 3 mètres de diamètre. Elle est bordée de petites dalles et était recouverte par une fausse voûte à encorbellement. 5 à 6 squelettes reposaient sur un dallage. Le second avait une chambre à l’origine ronde. Elle fut transformée pour devenir rectangulaire. Il appartient à la phase ancienne de la nécropole.

Le tumulus F

De forme trapézoïdale, le tumulus, long de 72 m et large de 12/16 m, atteint une hauteur de 3 m. Au sud-est, un cairn circulaire a 3 murs de parement concentrique. La chambre arrondie (F0) d’un diamètre de 2,10 m à 2,80 m, est en pierre sèche avec une fausse voûte en encorbellement. Sur le sol se trouvaient les squelettes éparpillés de 6 enfants et 5 adultes. Une série de datations sur ces os a donné - 4860/- 4500 soit vers - 4700. Une seconde série donne vers - 4400/- 4300, ce qui serait la date la plus ancienne pour la première utilisation d’un dolmen, bien qu’aucune grande pierre n’entre dans sa composition. Ces résultats ont provoqué plusieurs polémiques. L’une d’elles voudrait que ces ossements soient des reliques anciennes apportées dans le tumulus. Aujourd’hui il est admis dans le milieu scientifique une apparition des tombes collectives vers - 4600 à quelques décades prés.

Un dolmen (F2) à chambre rectangulaire de 5 m de côté vient se greffer à l’autre extrémité du tumulus. Il est mégalithique avec des orthostates et une dalle de couverture de 32 tonnes. Il appartient à la classe angoumoisine, placée au Néolithique Moyen, et est plus récent que son voisin (le F0) ce que confirme le mobilier archéologique.