Bernard Gély et Wolfang Pape, 2003-2006
Goult
Depuis l’âge du Bronze, deux mètres de sédiment se sont déposés sur les vestiges. C’est une crue, en 1994, qui mit aux jours les restes d’une tombe du Néolithique. Sa hauteur avoisinait le mètre. Des pierres plates de 10 à 70 cm de long recouvraient le remplissage de terre, retenu par les deux couronnes faites de dalles fichées verticalement. Le premier cercle de 8,50 m de diamètre enfoui dans la masse se voyait à peine. Le second marquait les limites du tertre de 12 mètres de diamètre.
En son centre, une chambre longue de 2,90 m était recouverte de trois dalles. La plus grande mesurait 2 m de long pour une largeur de 1,35 m et une épaisseur de 25 cm. Les parois, en pierre sèche, délimitaient une surface de 3 m2. Le sol était recouvert d’un dallage réalisé avec des pierres de 10 à 40 cm de long. L’accès marqué par une pierre de seuil se faisait par l’embryon d’un couloir long d’un mètre. Il n’atteignait pas l’extérieur du tertre, mais par une sorte de fosse qui était comblée après chaque utilisation.
Deux fragments de stèle et de mobilier archéologique laissent supposer qu’une tombe se trouvait sur le site avant la construction du dolmen. 53 de ces stèles provençales sont connues. Toutes sont incomplètes, brisées ou réduites à l’état de fragments. La majorité, bien que trouvée hors contexte, semble être associée à des tombes individuelles plus anciennes que les dolmens. Celles du dolmen de l’Ubac (Vaucluse) sont de forme trapézoïdale avec un sommet légèrement incurvé. La partie restante de l’une mesure 37 cm de haut, 36 cm de large et 7,5 cm d’épaisseur ; la seconde 28 x 40 x 11 cm. Elles sont utilisées en remploi dans le tertre.
La sédimentation a recouvert et scellé le site depuis l’âge du Bronze. Elle a permis une stratigraphie fine dans la chambre et de diviser son utilisation en quatre phases principales au Néolithique Final. La construction et les premières utilisations se situent entre -3350 et -2900. Après une période d’abandon il est réutilisé entre – 2900 et -2500 et de nouveau abandonné. Quelques incursions à l’âge du Bronze et une implantation domestique gallo-romaine se succèdent. La présence d’une borne milliaire liée à la voie Domitienne marque son usage profane.
La première phase a livré les restes de 18 individus, la deuxième de 17, la phase 3 de 10 et la phase 4 de 4. Les adultes représentent 60 % des sujets, ce qui correspond à la mortalité habituelle pour ces époques. Les corps étaient placés dans une position contractée, couchés sur le flanc ou sur le dos. Les membres étaient toujours en contact avec le tronc, ce qui implique qu’il était retenu par des liens. Malgré l’exiguïté de la chambre, un espace vide était réservé, dont la fonction est ignorée. La durée entre chaque ensevelissement ne peut être déterminée. Mais le nombre d’individus plaide pour une tombe liée à une communauté restreinte qui pourrait être une famille.
La perturbation dans les ossements n’est pas due à des rangements systématiques ; ils étaient simplement repoussés pour faire de la place. Il n’y a pas eu de vidange globale. Des prélèvements d’os sont attestés. Le choix des parties du corps change selon les phases. Les crânes pour la première, la ceinture scapulaire pour les phases 2 et 3, ainsi que les os longs toujours pour la phase 3.
Des désordres et des manques de certains os des squelettes seraient le résultat d’un traitement spécifique des corps. Leurs restes seraient déjà incomplets lors de la mise au tombeau. L’absence de certains os, comme les phalanges, ne s’explique pas par leur fragilité et leur moins bonne conservation. Sans parler d’inhumation secondaire, ce serait des cadavres déjà en cours de décomposition qui seraient introduits dans le caveau.
Dans les sociétés où la fête des Morts revêt une certaine importance, il faut le temps de la préparer. Les participants doivent être prévenus. Ces réunions demandent souvent un gros investissement. Les banquets nécessitent d’avoir la possibilité d’assembler des richesses. Un temps assez long peut être nécessaire pour que toutes les conditions soient réunies. Un corps se décompose en un ou deux mois. Ensuite, son intégrité n’est plus assurée. Il a déjà perdu certaine partie de son corps, en particulier ses extrémités avant qu’il soit conduit à sa dernière demeure. La moitié des corps dans le dolmen n’avaient plus leur intégrité lors de la phase 1 et 2 dans le dolmen de l’Ubac.