Fouille Edmond Gauron & Jean Massaud 1965/1975,
Études anthropologiques : Gérard Colmont
Chenon, Nécropole de Chenon
Bien que reconnu depuis 1884, un des plus importants groupements de dolmens a presque totalement disparu. S’étendant sur 134 hectares, c’était une des nécropoles les plus grandes de la région, et il n’en reste presque plus rien. Cela confirme l’ampleur que purent prendre par le passé les disparitions des mégalithes. Celles-ci sont récentes et en partie attestées, bien que le nombre originel de monuments demeure inconnu. La destruction de 6 monuments eut lieu lors du remembrement dans les années 60. Cinq autres ont disparu pendant ou après leur étude. Aucun n’a été protégé, ne serait-ce par une inscription aux Monuments Historiques.
Six dolmens ont fait l’objet de fouille, mais aucune des structures péridolméniques n’a été étudiée.
A1
La chambre de 3,80 m x 1,50 m est recouverte par une dalle de 4,60 m x 2,60 m. Le couloir long de 6,60 m est bordé de dalles dressées. Une masse de pierres en bouchait l’entrée, preuve possible d’une action de condamnation. C’est un dolmen de type angoumoisin. Il a livré des vestiges du Néolithique Moyen, du Néolithique Récent et Final et de l’âge du Bronze.
A4
L’interprétation du plan est difficile. L’hypothèse la plus vraisemblable voit deux dolmens construits successivement. Le premier avec une chambre grossièrement circulaire limitée par des murs en pierre sèche. Ensuite, un dolmen avec des supports mégalithiques. Une chambre rectangulaire aurait été installée au même emplacement sans en prendre exactement la place. Seule la fouille des structures extérieures aux chambres permettrait de connaître l’histoire du monument.
A6
Le dolmen est de type angoumoisin avec un couloir à l’est. La chambre est rectangulaire de 3,60 m x 2,60 m et haute de 1,10 m, représentant un volume de 9,70 m3. Le couloir de 6,20 m de large est haut de 0,9 m. Le matériel archéologique est riche, avec plus de 3000 fragments de céramique et plus de 5000 vestiges osseux et 1700 dents. Les morts étaient déposés dans la chambre et dans le couloir. Il a été dénombré 1 fœtus, 2 périnataux, 21 enfants de 1 à 9 ans, 29 adolescents de 10 à 19 ans et 137 adultes. Il montre un bon état sanitaire. Un crâne a été trépané. La date de construction n’est pas connue, des traces fugaces de Néolithique Moyen la placent à cette époque. Mais, les 200 individus au minimum qu’a pu contenir la tombe datent de la fin du Néolithique.
B1S/B2T
Deux dolmens de taille presque identique avec des chambres de 2,40 m x 2 m. Leurs couloirs, parallèles, sont inclus dans le même tumulus qui semble ovalaire de 33 m x 26 m. Il est probable que celui-ci a été rectangulaire. Les dolmens sont entièrement construits avec des grandes dalles. Les tables de couverture ont disparu. La hauteur entre le sol et le plafond est de 1,60 m. Les couloirs dont les parois sont faites en alternance d’orthostates monolithiques et de murets en petites pierres, sont recouverts de dalles. Des portes sont aménagées au passage du couloir à la chambre avec deux dalles jointives échancrées. Elles laissent une ouverture de 55 cm de large et de 80 cm de long. Une seule date C14 effectuée à partir d’un os donne - 4550/- 4300. C’est la date la plus ancienne connue pour un dolmen de type angoumoisin. S’il y a quelques vestiges qui témoignent de leur construction au Néolithique Moyen, les chambres furent vidangées et le mobilier date du Néolithique Final. Dans le B1T les restes de 150 individus, dont 31 immatures, sont accompagnés de très nombreuses pointes de flèche et de longues pointes en silex.
Dans le dolmen B1S, 31 individus sont immatures sur les 150 défunts ; dans le B1T, 62 sont immatures et 92 adultes. Cela ne prouve aucune exclusion due à l’âge. Peu de cas de déficit alimentaire sont signalés. Des traces de foyer et des os brûlés ont été découverts devant la façade. Les feux semblent postérieurs à la fermeture des couloirs.
De ces monuments disparus, l’on peut voir l’ampleur des destructions qui purent se dérouler à toutes les époques et une sorte de respect par une réutilisation intensive au Néolithique Final.