Ploudalmézeau
Le monument de Carn est le troisième ensemble fouillé à la suite de Barnenez, Le cairn se trouve sur une colline de 5 à 6 hectares à 10/12 m d’altitude qui devient, aujourd’hui, une île à marée haute. Elle a servi aux goémoniers pour y implanter leurs fours et en extraire la soude. Sa position stratégique fit qu’elle fut intégrée au mur de l’Atlantique de la Deuxième Guerre mondiale et qu’y fut implantée une casemate.
Tandis qu’à Barnenez la visibilité est portée vers les terres, à Carn la visibilité est avant tout maritime avec un angle de 180 ° vers la mer. Vers la terre le regard ne porte pas au-delà de 2 km. Par beau temps, il est possible de voir l’île d’Ouessant, à 30 km et de l’autre coté l’île Guennoc.
Par temps dégagé les Mont e à 25 km sont visibles. Les entrées des dolmens regardent aussi les parties basses de la baie de Morlaix et se désintéresse de la mer et des côtes situées à 3 km.
À Carn trois monuments se succèdent : un petit cairn circulaire, un monument quadrangulaire et un tumulus circulaire.
L’agrandissement des surfaces funéraire est la motivation essentielle des travaux successifs. Le premier cairn avec une emprise au sol de 6 m de diamètre offrait 8,50 m2 de tombe, la deuxième phase 18,50 m2 et la troisième dans le cairn de 25 m de long et haut de 4,50 m un espace pour les morts de 35 m2.
Le cairn compte trois chambres, toutes construites en pierres sèches couvertes par des fausses voûtes en encorbellement. Seuls les couloirs sont couverts de dalles. La tombe centrale est la première construite. Malgré les multiples perturbations qu’a subies le site, elle fut retrouvée intacte. D’un diamètre de 3,50 m, elle est haute de 3 m. Le sol était couvert d’un pavage de pierres plates. Elle fut fermée après une courte utilisation par un muret en pierre sèche. Si les os furent dissous par le temps, les restes d’au moins quatre vases y furent découverts avec six perles en schiste et une lame de silex.
La céramique est de bonne qualité. Elle est suffisamment originale pour être à l’origine d’un type de poterie qui porte le nom du site. Elle se retrouve dans de nombreux dolmens bretons et est dans le même horizon chronologique que Barnenez.
La fouille eut lieu en 1953, quatre ans après qu’une première datation au C14 ait été réalisée dans une tombe égyptienne. C’est la première analyse de ce genre qui fut faite pour un « dolmen ».
Elle donna un résultat de - 5230 +/- 75 BP (Before present, est la convention pour citer une date non corrigée). Les courbes d’erreur qu’impliquait cette méthode ne furent mises en évidence qu’ensuite. La date calibrée fut de - 4350/- 3800, avec une forte probabilité pour une date vers ‑4050.
Le dolmen Nord
La chambre est divisée par un massif en pierre sèche en deux espaces de même surface. Dans son ensemble, elle couvre 16 m² et les cellules mesurent 3,50 x 2 m. Cet agencement se trouve dans des tombes plus tardives que celles des grands tertres. Le mobilier découvert dans la demi-chambre nord, où il est très abondant, confirme ce décalage chronologique. La chambre est une adjonction ou une réutilisation ayant modifié grandement une structure plus ancienne. Il y fut mis au jour divers objets en silex, dont cinq armatures de flèche et deux haches polies et trois perles en variscite, une centaine de tessons, dont la pâte et le dégraissant sont différents des autres céramiques découvertes dans le cairn. Avec un vase découvert quasiment complet, du type « bouteille à collerette », cet ensemble appartient au Néolithique Final. Cela représente un écart d’environ un millénaire avec les autres dolmens. Deux datations au C14 - 2385/- 1770 et - 3890/- 3360, malgré leur peu de précision, ne sont pas en contradiction avec cet écart de temps.
Dans la chambre furent découverts quatre morceaux de pierre ponce. Certains portaient des rainures. Ils étaient utilisés pour polir des objets en bois ou en os. Ils ne sont pas une exception, d’autres furent remarqués dans d’autres dolmens bretons. Il est probable qu’ils proviennent d’une éruption en Islande qui eut lieu au Néolithique et qu’ils furent transportés par l’océan.
Dolmen Sud
Devant le couloir furent découverts quelques tessons, « comme d’habitude » dit le fouilleur, qui tendent à prouver des offrandes fréquentes sur le parvis des cairns. Dans la chambre, la céramique du Néolithique Moyen montre quelques différences typologiques avec celle de la chambre centrale. Elle pourrait indiquer quelques écarts culturels entre le dolmen central et celui-ci. Une datation a été obtenue à partir d’un foyer situé sous le dallage de la chambre : - 4535/- 3875. Une différence de structure dans la composition du cairn marque une rupture qui indiquerait que le dolmen Sud a été construit après le dolmen central.
Le dolmen central
Construit en premier avec son tertre, il représente que 150 m³ soit 350 tonnes de matériaux prélevés sur place. Dix personnes en deux semaines auraient pu le construire. Les deux autres dolmens et les structures les entourant viennent se greffer ensuite autour de l’édifice central à des époques différentes. Il s’agit de trois petits monuments et c’est leur réunion et leur emplacement qui leur donnent de l’ampleur.
Le dolmen nord
Le troisième dolmen montre une particularité dans le plan de sa chambre. Un mur les a divisés en deux espaces distincts. Ce type de compartimentage est plus fréquent dans un mégalithisme plus récent. La céramique présente n’est pas de type identique à celle trouvée dans les autres chambres. Cette chambre aurait été utilisée plus longtemps que les autres.
Condamnation
Les parements extérieurs étaient encore préservés par endroits sur 3 m de hauteur. Ils n’ont pas été mis en évidence sur tout le pourtour du cairn final, mais le plan général du cairn peut être restitué. De forme trapézoïdale de 22 m de long et avec des largeurs de 9 et 6 m.
La façade du cairn commençait à se dégrader quand l’ensemble fut recouvert d’un tumulus circulaire. Les travaux de condamnation furent importants. La masse déplacée est supérieure à celle qui avait été nécessaire pour la construction du seul cairn primaire.