Château Bû, Ille-et-Vilaine

Publié le 14 janvier 2026 à 05:32

Saint-Just,

Dans la commune de Saint-Just, un ensemble de monuments présente une variété et une densité remarquables de vestiges néolithiques. Les menhirs s’alignent et les dolmens se succèdent sur une longue période. Une concentration d’édifices à caractère sacré, dédiés aux cultes ou au repos des morts dans des lieux consacrés, n’était probablement pas exceptionnelle au Néolithique. Sur cette lande, où la terre est peu propice aux travaux agricoles, cet ensemble a pu être préservé en partie, bien que des preuves de destructions indiquent que les monuments furent autrefois plus nombreux et plus imposants.

Tombe de la Croix Saint-Pierre

La sacralisation du lieu pourrait être très ancienne, avec une tombe datant de l’une des premières vagues du Néolithique ayant touché l’Armorique. À la Croix Saint-Pierre, à une dizaine de mètres d’un dolmen à couloir, un petit monticule de 60 cm de haut abritait une tombe en fosse. Celle-ci était entourée d’un cercle de blocs de quartz de 20 à 40 cm de hauteur, dessinant une ellipse de 10 m dans sa plus grande largeur. Tout autour de la tombe, à environ 2 m du centre, une série de trous de poteau de 15 à 20 cm témoignait de la présence d’un bâtiment en bois. Dans la fosse se trouvait un coffre en dalles de schiste. Il contenait deux vases attribuables au groupe de Chambon, du centre de la France, héritier des Danubiens, les premiers agriculteurs, d’une époque légèrement antérieure à l’émergence du monumentalisme.

Dolmen du  Château Bû

Le Château Bû fut à l’origine un dolmen. Un couloir de 5 m de long desservait une chambre polygonale de 2,50 m × 3,50 m. Deux cabinets latéraux se trouvaient de part et d’autre du couloir, au niveau de l’entrée de la chambre. Ce type d’architecture n’était connu qu’au sud de la Bretagne avant cette fouille.

Trois dalles verticales servaient de fermeture pour la chambre. De nombreux blocs portent des séries de cupules. Un cairn, avec trois parements dont les bases sont conservées, entourait le mégalithe. Le matériel céramique est analogue à celui découvert dans les dolmens de Colpo, de Dissignac et de Barnenez, ce qui place la construction du monument au Néolithique moyen.

Il ne faut pas parler de réutilisation, mais d’une appropriation à l’âge du Bronze des lieux. Situé sur une butte, il domine la lande et s’inscrit de façon majestueuse dans le paysage. Deux tombes s’implantent sur le monticule que formait le cairn abandonné. Ce sont des caveaux aux parois faites de troncs d’arbre de 2 m × 1 m. L’un est recouvert d’un cairn de forme elliptique de 6 m × 4,50 m. La première tombe est entourée d’une file de 18 dalles plantées verticalement et disposées en fer à cheval. La découverte d’un vase à cinq anses confirme la construction de cette tombe vers - 1500. L’implantation de trois menhirs en quartzite est associée à ces tombes. Une forme de mégalithisme se perpétue ainsi dans une époque où les modes funéraires et la religion avaient été grandement bouleversés, et où plus aucun dolmen n’était édifié.

Pour résumer, trois phases principales peuvent se distinguer : 1. Construction d’un dolmen à couloir ; 2. Remodelage et adjonction de deux cabinets latéraux ; 3. Occupation à l’âge du Bronze avec trois tombes et l’érection des menhirs.

Plusieurs dolmens à couloir se situent à Saint-Just, à l’intérieur des terres, à une centaine de kilomètres du golfe du Morbihan et à une cinquantaine de kilomètres de la mer. Tout porte à croire que certaines constructions datent de l’émergence du mégalithisme. Le site témoigne d’incursions des premiers bâtisseurs à l’intérieur des terres. Elles durent avoir été relativement rares dans les premiers temps.