Saint-Eugene, Aude

Publié le 14 janvier 2026 à 05:51

Fouille

Laure-Minervois
Le monument se trouve à l’extrémité d’une butte. Les affleurements rocheux à sa base ont servi de carrière pour sa construction.

Le dolmen, structuré en trois parties, est inclus dans un tumulus de 22 m de diamètre. Il est entouré d’un mur en pierre sèche entrecoupé à distance plus ou moins régulière de dalles fichées verticalement. 7 ont été retrouvées en place. Les autres, arrachées à une date ancienne, ont laissé des emplacements visibles. 21 de ces orthostates espacés de 2,40 m à 2,80 m composaient le pourtour. Ce type d’assemblage est relativement typique des dolmens Pyrénéens de l’est. Il est fréquent en Catalogne espagnole.

Trois murs concentriques sont complétés par un mur à l’ouest se limitant à un arc de cercle. Ils correspondent à différentes phases de construction du monument. Le temps qui s’est déroulé entre ces étapes de construction n’est pas connu ; il peut s’étendre sur une année comme sur des siècles.

Phase 1 : construction de la structure mégalithique entourée d’un cairn oblong en forme de fer à cheval. Il suit le contour de la tombe.

Phase 2/3 : prolongement du couloir et du cairn vers l’entrée.

Phase 4 : édification d’un nouveau mur qui englobe l’ensemble de la construction et prend un plan circulaire.

Phase 5 : adjonction d’une petite plateforme à l’ouest du monument adossée sur un quart de sa périphérie. Il pourrait s’agir d’un renforcement, d’un podium destiné au rituel ou d’un aménagement en une forme de rampe sur laquelle auraient glissé les tables de couverture. Le positionnement des dalles de couverture peut se faire dans un deuxième temps, la tombe étant utilisée en premier lieu avec un toit provisoire en matière végétale.

Phase 6 : Construction du dernier mur qui englobe toutes les structures précédentes. Soigneusement appareillé avec ses dalles verticales qui scandent son pourtour, le monument est devenu circulaire.

Le dolmen se divise en trois parties. Sur 3,40 m ce qui est considéré comme le couloir ; sur 5,60 m et en s’élargissent de 2,4 m à 3,20 m, un espace que les fouilleurs ont baptisé anticella ; et enfin la chambre de 5 m x 3,20 m.

Les dalles de couverture ont disparu, enlevées par des carriers modernes. Des fragments demeurent et indiquent l’importance que devaient avoir les blocs, aucun n’ayant une épaisseur inférieure à 60 cm.

Le gré utilisé est prélevé sur place. Les diaclases faisaient qu’il était naturellement rectiligne et déjà détaché de la masse. Il suffisait de les extraire. Quelques très rares et petits bouchardages interviennent pour aplanir des surfaces ou faciliter l’assemblage des blocs.

Une seule dalle est en calcaire et a été transportée sur au moins 500 m. À son côté se trouvait une dalle plus fine que les autres et bouchardée sur chacune de ses faces. Cet aménagement peut suggérer qu’elle provenait d’un monument ultérieur et qu’elle a été réutilisée. Ces deux pierres, placées au centre de la longueur du monument, devaient posséder une valeur symbolique spéciale.

Sur la dalle de chevet, des traces de pigment rouge ont été prélevées. Elles ne sont aujourd’hui que des taches, et il n’est pas possible de déterminer les motifs qu’elles ont pu représenter.

Plusieurs datations C14 placent la première phase entre -3400 et -3100 avec sa construction et ses premières utilisations. Une deuxième phase, attestée par le mobilier, voit une activité de type campaniforme pendant la seconde moitié du troisième millénaire. Enfin, le dolmen sera fréquenté au Bronze Ancien entre -2000 et -1900. Quelques témoignages du Bronze Moyen, subsistent, entre les 14e et 13e siècles.

La première fouille a négligé l’étude des ossements. Les chercheurs pensent que le dolmen put abriter entre 150 et 400 individus. Le faible nombre d’objets de prestige comme des poignards par rapport au nombre des défunts indiquerait qu’il n’était pas seulement réservé à une élite. Si cela avait été le cas, les privilégiés auraient été accompagnés de leur famille et de leurs proches.

Une étude ADN a pu être effectuée sur six échantillons. Ils correspondent à une identité génétique globale que l’on trouve dans le Néolithique de la région. Un seul individu, daté de l’âge du Bronze, marque une réelle différence et se rapproche d’un autre type de population qui est connu dans les sites de ces premiers temps des métaux.

Devant l’entrée, sur le parvis, des traces de foyers témoignent de rituels qui accompagnaient les funérailles ou qui étaient pratiqués à certaines dates.

Le monument a été restauré. Les murs redressés, les orthostates remis en place, des pierres de remplacement comblent les espaces où elles avaient été arrachées.

Différentes phases