Dolmens des Causses : la loi du calcaire

Les dolmens se trouvent presque exclusivement sur les terrains calcaires. L’Aubrac, pays granitique situé entre deux grandes régions à forte densité de monuments, les ignore totalement. La frontière peut être tracée au mètre près. Une commune comme Assier dans le Lot compte des dizaines de dolmens et sa voisine, située sur des grès, n’en possède aucun. Nul obstacle ne les sépare, seulement une limite géologique. Plusieurs explications sont avancées :

Le plus simple est d’estimer que la pierre locale ne se prête pas aux constructions mégalithiques. L’argument ne tient pas. L’Aubrac est un terrain granitique comme la Bretagne. La forme des blocs, même s’ils ne sont pas très plats, n’est pas un obstacle. Les pays scandinaves surent bâtir des monuments magnifiques avec des blocs (boulder) presque sphériques. Les constructeurs du Néolithique ont montré qu’ils pouvaient transporter des masses sur de longues distances.

Une autre explication, la plus souvent avancée, soutient que dans ces terrains pauvres l’agriculture a provoqué moins de disparitions. Mais il est des régions dans les alentours tout aussi réfractaires aux méthodes modernes qui n’ont pas de dolmen. Et l’on peut supposer que dans une région qui aurait subi de très nombreuses destructions quelques vestiges survivraient. 

Une autre explication tiendrait à la nature du sol qui dicterait la richesse agricole. C’est la conclusion à laquelle est arrivé l’un des premiers chercheurs qui fit une étude systématique sur l’implantation des dolmens en corrélation avec la nature du sol où ils étaient situés. Pierre Temple en 1935 positionna les dolmens de l’Aveyron et de quelques autres départements voisins sur une carte géologique. À son époque un tiers des dolmens, en moyenne, étaient recensés par rapport au nombre actuellement connu. Il arriva à une conclusion : « Une comparaison même très sommaire permet de constater que les monuments mégalithiques se trouvent dans des régions calcaires. » Il attribue cette règle à l’agronomie : « la région calcaire offrait des avantages très supérieurs à ceux des pays siliceux. Si l’eau est rare, il y trouvait la possibilité d’un élevage productif et sous un climat identique, un sol sans humidité excessive, une forêt sans sévérité… Fier ancêtre du paysan, il a su devant la nature affirmer sa perspicacité et son profond jugement. »  Les raisons agronomiques ne suffisent pas à expliquer cette répartition qui impliquerait un déterminisme culturel lié à des facteurs géologiques. 

Pierre Temple est souvent cité comme inventeur du terme « loi du calcaire » bien qu’il n’ait jamais utilisé cette expression. La loi du calcaire existe et personne ne l’explique.