L’émergence du monumentalisme
Il est impossible d’évoquer l’émergence du monumentalisme sans faire un détour par le Proche-Orient et par quelques pays d’Europe, notamment avec la découverte faite dans le sud-est de la Turquie à Göbekli Tepe, près de la frontière syrienne.
En 1995, des blocs en forme de T ont émergé des sables et de la rocaille dans un paysage désertique. Cette découverte, comme celle de Barnenez, allait réécrire quelques pages de l’histoire universelle.
Aujourd’hui, quatre monuments circulaires sont dégagés. Ils existent autour de nombreuses structures de toutes sortes. Göbekli Tepe n’est pas qu’un temple, c’est un vaste complexe culturel composé de différents types de monuments aux fonctions variées.
Si des fragments d’os humain ont été retrouvés, comme ils sont souvent présents dans les couches archéologiques de cette époque, il n’y a aucune trace de nécropole. Des traces d’habitations ont récemment été repérées aux alentours, sans que l’on puisse encore parler de village.
Tout concourt à y voir un grand sanctuaire, un lieu où se rassemblaient différentes collectivités et où étaient accomplis des rituels.
La structure centrale mesure 12 mètres de diamètre. Elle est insérée dans plusieurs murs concentriques, non contemporains. Au centre, deux piliers monumentaux sont entourés d’une dizaine de piliers plus petits accolés à la première enceinte. Un deuxième mur, avec des piliers monolithiques, enclôt la partie centrale. L’espace entre les deux murs est étroit et pourrait correspondre à un passage pour une déambulation autour du Saint des Saints. La structure est semi-enterrée comme le sont les maisons dans les villages.
À l’époque où les habitats ont tendance à suivre des plans rectangulaires, les formes demeurent rondes pour les sanctuaires. Les fouilleurs n’ont pu déterminer si ces espaces étaient surmontés d’un toit. Les reconstitutions présentées dans les articles et les ouvrages de vulgarisation les montrent à l’air libre, mais rien ne l’atteste. On peut supposer que ces piliers servaient à soutenir une charpente et une couverture végétale mélangée à de l’argile, comme il était d’usage pour les maisons.
Tous ces piliers ont une forme de T et sont façonnés avec soin. Plusieurs portent des représentations de différentes espèces d’animaux. L’aurochs, le mouflon y sont figurés avec des oiseaux tels que des grues ou des vautours. Le renard est le plus fréquent. Tous sont de sexe masculin quand cela est identifiable. D’autres sculptures ont été retrouvées sur le site ainsi que des statuettes. La multiplicité des représentations plaide pour une symbolique complexe et une mythologie variée.
L’aboutissement et la technicité de l’architecture dès son apparition sont surprenants. La taille et le façonnage des blocs sont parfaitement maîtrisés.
Les piliers les plus grands atteignent 5,50 mètres de haut et pèsent dans les dix tonnes. La roche provient des environs et une carrière avec un bloc en cours d’extraction a été mise au jour à proximité.
Le monumentalisme, dès sa première apparition, possède ses caractéristiques principales : l’effort collectif, l’ostentation, le lieu d’assemblée et le prestige.
Les fouilles dans la région, concernant ces époques, sont peu nombreuses pour obtenir un aperçu global des sociétés qui y vécurent. Alors qu’en Europe, une période aussi longue et cruciale aurait provoqué l’exploration de centaines de sites ou des milliers de fouilles comme les dolmens en ont subi, ce ne sont que quelques dizaines de sites répartis entre les frontières de plusieurs pays qui permettent d’entrevoir les pratiques des hommes et des femmes.