Statues-menhirs du Rouergue et mégalithisme

SLes femmes et les hommes préhistoriques ne se représentaient pas. Leurs images sont très rares dans l’art pariétal paléolithique, un peu plus fréquentes dans l’art mobilier. Au Néolithique, elles sont tout aussi peu nombreuses en Europe occidentale. Les statues menhirs demeurent un des rares vestiges de figurations anthropomorphiques de la préhistoire récente.

Quand un menhir devient-il une statue-menhir, et quand devient-il une statue ? Quand une pierre dressée portant des gravures se transforme-t-elle en stèle ? Le nom de statues-menhirs peut prêter à confusion. Ce ne sont ni des menhirs ni des statues.

L’usage courant veut que l’on entende par statue-menhir une pierre dressée dont la forme a été apprêtée et dont la surface a été gravée et sculptée avec certains attributs et symboles pour qu’elle soit interprétée comme une représentation anthropique.

Elles ne sont pas réalistes. Si les artisans du Néolithique avaient souhaité sculpter des statues représentant le corps humain, il se serait trouvé des artistes pour leur donner forme. Ces pierres grossièrement travaillées correspondaient à ce qui était nécessaire pour qu’elles transmettent leur message.

Elles sont soit gravées, le plus souvent dans le sud de leur territoire, soit réalisées avec les bas-relief prononcé, surtout au nord.

Les statues-menhirs ne sont ni les descendantes des menhirs ni les ancêtres de la sculpture.

Dolmens et statues menhirs

Classer les statues-menhirs dans le mégalithisme est une confusion courante. La plupart sont d’une hauteur inférieure à la taille humaine et ne méritent pas le terme de « méga ». La Pierre plantée de Lacaune qui mesure 4,5 m de haut et pèse environ 8,5 tonnes fait figure d’exception. Seule une vingtaine dépassent la tonne, la majorité ayant un poids inférieur. La plus petite a 68 cm de hauteur. À titre de comparaison, les stèles funéraires de nos cimetières sont souvent plus grandes et n’ont pas pour autant été classées dans le mégalithisme.

Le poids de la plupart fait qu’elles peuvent être transportées par quelques hommes et ne demandent pas l’effort collectif qui est une des composantes du mégalithisme. Les plus grandes sont celles qui ont été déplacées sur une plus longue distance.

Si elles sont contemporaines des dolmens dans le sud de la France, rien ne les relie à ces monuments auxquels elles semblent même s’opposer. Leur zone de répartition, qui jouxte la région de plus forte concentration de dolmens d’Europe, ne compte que quelques mégalithes, moins d’une dizaine. Les environs à grande densité de tombes mégalithiques ne connaissent pas de statue-menhir. Aucun rapport direct n’a jamais pu être établi entre dolmen et statue-menhir.

À l’inverse des dolmens elles préfèrent les terrains primaires, grés et granites, et ne se retrouvent pas sur les sols calcaires.

Individualité

Les statues-menhirs, qu’elles représentent des divinités ou des ancêtres, dénotent un caractère individuel, alors que le dolmen est par essence collectif et symbolise un groupe. Ceux qui façonnèrent les statues-menhirs n’ont pas été inhumés dans des dolmens.

Les hommes des statues-menhirs et ceux des dolmens vivaient peut-être à la même époque, mangeaient dans les mêmes pots, dormaient dans les mêmes maisons. Mais, ils n’étaient pas de la même tribu. Une différence culturelle fondamentale les séparait.