Fouille Jean L’Helgouach 1964/1967
Gâvres, dolmen
Découvert en 1863, le dolmen était recouvert par une dune. Il était dans un bon état de conservation. Seules l’entrée et quelques dalles au sommet avaient été perturbées avant les fouilles. Un tumulus de forme oblongue, long de 27 m et large de 16 à 17 m, le recouvrait. Le couloir s’étendait sur 9,25 m, avec une largeur oscillant entre 1 m et 1,20 m et une hauteur de 1,60 m. L’interstice entre les dalles verticales des parois était comblé avec des galets soigneusement ajustés. Une porte fermait le passage entre le couloir et la chambre. Elle était constituée d’une grande dalle de 1,20 m × 0,95 m, pour une épaisseur de 20 cm. Devant elle, un amas de grosses pierres en obstruait l’entrée. Ce remplissage volontaire marque une condamnation du monument.
La chambre, longue de 7 m et de plan rectangulaire, aboutit à l’une de ses extrémités et est perpendiculaire au couloir. La porte, bien conservée à Gâvres, permet de distinguer clairement le couloir de la chambre.
Le nom de dolmen en équerre est préférable à celui, couramment utilisé, d’allée coudée. Huit monuments avec une architecture analogue se trouvent dans la région. Le dolmen des Pierres Plates à Locmariaquer en est un bel exemple.
La chambre est cloisonnée en quatre espaces. Les trois premiers compartiments, de longueur égale (1,50 m), sont séparés par des dalles verticales n’obstruant pas totalement le passage. La dernière cellule est fermée par deux dalles qui l’isolent entièrement. Le fouilleur pense que cette chambre avait un statut particulier, et que son utilisation fut très brève, le temps d’une cérémonie. Le monument aurait été conçu pour que cet espace soit fermé peu après sa construction. Il aurait été impossible ou très difficile de transporter les dalles servant à sa fermeture une fois le couloir bâti.
Dix dalles des trois premières chambres portent des gravures. Le granit utilisé, se prêtant mal à la sculpture, explique leur médiocre qualité technique. Elles représentent des formes rectangulaires comparables à celles des monuments voisins de même architecture, comme les Pierres Plates ou le dolmen de Luffang. Le motif et ses dérivés, appelés poulpe, écusson ou idole, sont des symboles récurrents de cet art mégalithique. Une dalle porte l’image d’une crosse. Il est possible que cette pierre, réutilisée, provienne d’un monument antérieur.
La céramique de type Kerugou semble appartenir au premier utilisateur du monument. Cinq datations au carbone 14 ont été réalisées. L’une d’elles, vers - 3200, pourrait correspondre à la phase la plus ancienne. Cette date et la céramique confirment une période de construction à la fin du IVᵉ millénaire, début du IIIᵉ. La nécropole fut violée et réutilisée par les porteurs de vases campaniformes. Ceux-ci n’hésitèrent pas à déplacer deux dalles de couverture pour accéder à la chambre et y déposer leur défunt avec son mobilier funéraire. Un éboulement scella cette intrusion. Un foyer fut allumé à l’âge du Bronze devant l’entrée. Le sable recouvrit ensuite la tombe.